Il s'agit de reproduire des plantes sans passer par la méthode du semis, ou bien de préserver des espèces fragiles (greffage). On peut aussi parler de reproduction asexuée : qui s'effectue sans l'intermédiaire de cellules reproductrices. Chez les succulentes, la méthode de la multiplication végétative met à profit les capacités de régénération des végétaux. Autrement dit : "on coupe un bout, et on a une nouvelle plante".
C'est le seul moyen d'obtenir des plantes qui n'ont pas de fleurs ou qui donnent des fleurs stériles
(hybrides en particulier). Les plantes ainsi obtenues seront identiques au pied mère (contrairement au semis
qui donne des descendants génétiquement diversifiés). Et l'on pourra par cette méthode obtenir rapidement un
grand nombre de sujets. Beaucoup d'espèces atteintes de pourriture au collet se sont vues prélever des articles
ou feuilles afin d'être bouturées dans le but de conserver un sujet identique ! En plus, le bouturage est
généralement très aisé à pratiquer, même pour les non initiés.
Photo 1 : Une feuille d'Adromischus mariannae s'est détachée. Les racines se développent et la première feuille apparaît.
Le bouturage peut se pratiquer sur presque toutes les espèces à part Astrophytum, Ariocarpus Frithia et Euphorbia obesa qui se multiplient exclusivement par graines. Certaines espèces se prêtent bien au bouturage (Sédum) d'autres moins (Euphorbe, où il faut être patient). La méthode, qui consiste chez les crassulacées à poser une feuille sur le sol, sera très souvent vouée à l'échec chez des espèces comme Aloe.
Méthode simple, répandue et sans risque. Il s'agit de prélever une partie d'une plante pour la mettre à enraciner.
Certains préconisent de laisser le morceau faire des racines avant de le mettre en terre, d'autres le contraire !
Chacun est libre d'essayer les deux méthodes, pour ma part, j'utilise la seconde qui me donne entière satisfaction.
Photo 2 : Beaucoup d'espèces comme cet Adromischus développent des racines avec une grande facilité, ce genre
de réussite est toujours assurée.
Le bouturage n'est pas toujours utilisé pour reproduire un sujet.
Une année j'avais laissé sous la pluie et le froid, de l'automne jusqu'a la fin du printemps un
Crassula portulacea (de 20 ans) et le résultat ne m'a pas surpris : il était entièrement pourri à part une branche...
Le bouturage s'imposait. Une autre fois, un Myrtillocactus geometrizans, suite à une longue période de froid
et d'humidité quasi permanente, s'est
retrouvé le collet suintant, avec des surfaces sur toute sa longueur dans le même état... Il m'a fallu
lui enlever les 10 premiers centimètres, puis creuser le corps en plusieurs endroits afin d'ôter toutes
les parties en mauvais état. Enfin il est passé par une période de cicatrisation de 3 mois. Puis après avoir
vérifié l'état général de la plante, je l'ai mis à bouturer calée entre 3 tuteurs juste posée sur le compost.
Cette année, elle n'a pas poussée mais l'enracinement est fait et elle ne montre aucun signe de mauvaise santé,
si ce n'est que son aspect "gruyère" ! Comme quoi un bouturage permet des fois des miracles sur des plantes qui
semblent condamnées.
Il est possible de bouturer une simple feuille (Crassulacées), une tige (Stapelia), un article (Opuntia) ou un rejet (Mammillaria). L'indispensable est que la coupe soit nette et séchée avant de mettre la future bouture sur le sol. Le temps de séchage varie en fonction du diamètre de la coupe de quelques jours pour Crassula à quelques mois pour un cierge de bonne taille. Pour une bouture de la taille d'une noix ou d'une mandarine, comptez 2 à 3 semaines de séchage. Il convient de la laisser sécher à l'air, au chaud et à l'abri du plein soleil, de saupoudrer la plaie de charbon de bois afin d'éviter les risques d'infections. Un cal doit recouvrir la cicatrice avant la mise en terre.
La question qui revient souvent est de savoir s'il faut arroser la bouture ? N'ayant pas de racines, elle
n'absorbera pas l'eau, donc non. Mais l'arroser ou l'humidifier stimulera le développement des racines, donc oui.
Je crois que le mieux est de la placer à bonne luminosité, dans un endroit chaud et aéré et de l'humidifier de
temps en temps suivant la météo. En fait, lorsque la lumière est suffisante, si il fait chaud, un petit arrosage
stimulera le développement des racines, au contraire si les températures baissent, l'humidité deviendra néfaste
voire fatale.
Les boutures démarrent mieux si elles sont prélevées au printemps ou en été, où les conditions climatiques
sont les meilleures. Mais dans le cas où il s'agit de sauver une plante, la période ne compte pas, faites-le
et mettez-la à l'intérieur, à la lumière.
Photo 3 : Premières racine et première feuille, avant même d'être en terre !
Photo 4 : Les tiges aussi peuvent raciner, même à l'air libre, la preuve en est de ce fragment cassé de crassula blue Jade.
Le mélange classique pour les boutures est composé de sable et de tourbe. J'y ajoute un quart de terre végétale. J'ai remarqué que l'enracinement n'était pas plus rapide, mais après, la petite plante se développe mieux. Je n'enterre jamais la base de la bouture, quand c'est possible, je me contente de la poser sur le mélange (feuilles de Crassulacées, Chamaecereus silvestrii), voire de la caler à l'aide de petites pierres. Sinon la bonne vieille méthode du tuteur est toujours efficace.
On peut essayer la poudre de bouturage à base d'hormones, je ne l'ai jamais fait mais j'essaierai peut-être avec
des espèces difficiles.
Le mieux que l'on puisse faire c'est de prélever non pas une bouture mais plusieurs. En vue d'une bonne reprise,
si une espèce présente des tiges avec des feuilles (Kalanchoe, beaucoup de Crassulacées), il sera plus facile de
prélever la tige plutôt qu'une feuille et de l'effeuiller en grande partie mais pas sur l'extrémité terminale.
Au printemps suivant la bouture pourra être mise en pot...
Photo 5 : Duvalia caespitosa, est une plante aux courtes tiges épaisses et rampantes. Au fur et à mesure de sa
croissance, des racines apparaîssent. On coupe, on pose et en quelques semaines, les racines se sont enfoncées
dans le substrat.
Là, la méthode est très simple. Lors d'un rempotage, il faut séparer les rejets de la plante et les mettre en pot séparément. Exemple : certaines Aloes, Haworthia, Agaves...
C'est un procédé naturel qui consiste à faire prendre racine à une branche ou à un article qui reste fixé au pied mère. Pour cela il suffit de coucher la partie à marcotter sur le sol et de le recouvrir de terre ou de tourbe (les espèces rampantes de Sédum le font sans notre aide). Le marcottage peut aussi être aérien : j'ai fait l'essai sur un Opuntia. J'ai entouré la base d'un article de tourbe que j'ai généreusement humidifié, puis j'ai recouvert le tout d'un plastique opaque et ficelé. J'ai attendu 1 mois et j'ai coupé l'Opuntia sous mon bricolage, laissé sécher la plaie et après j'ai enlevé le plastique en prenant garde de ne pas endommager les racines, et je l'ai mis en terre. Bien entendu ce n'était qu'une expérience vu que ce n'est pas la peine d'appliquer cette méthode sur Opuntia, qui se bouture facilement. Mais c'est là une "expérience d'amateur".
Elle est bien utile pour permettre à des espèces fragiles de se développer. C'est un mode artificiel qui
exige une intervention. Certaines espèces ne se multiplient que de cette manière, notamment les cactées
rouges ou jaunes qui n'ont pas de chlorophylle. Le tout est de choisir un bon porte greffe qui se doit
d'être robuste (Trichocereus, Cereus peruvianus...).
Le but de cet article n'étant pas de détailler les différentes méthodes, je ne ferais que les citer :
la greffe en fente et la greffe en placage. (NdW : voir l'article sur la greffe)
Il existe d'autres méthodes mais qui ne sont pas utilisées par les amateurs : la multiplication "in vitro"
par exemple, utilisée en laboratoire, conçue pour reproduire des cellules à partir d'une seule dans un
milieu de culture artificiel.
Photo 6 : Une feuille de Sedum rubrotunctum est tombée au pied de cet Haworthia. L'année suivante, voilà le résultat !
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Florent Papadopoulos 2002 - 2008 ---
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